L’anonymat sur le web, la suite…

Nicolas, le 08 juin 2009

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Suite à l’article que j’ai rédigé sur les problèmes posés par l’anonymat sur le web, je vous propose un cas pratique sur le même sujet en prenant pour illustration l’affaire Nadine Morano qui s’est confortablement répandue sur le web vendredi dernier.

Mais avant tout, faisons un point préliminaire nécessaire pour partir du bon pied.
Je n’ai pas d’animosité personnelle contre Nadine Morano, je ne souhaite en aucun l’injurier. Par ailleurs, je ne suis d’accord ni avec le fond des idées que cette personne défend, ni avec les formes de ses actions. Par contre, je peux très bien comprendre que supporter l’insulte n’est pas une obligation du métier d’homme (ou femme) politique. J’ai attendu le lendemain des élections européennes pour aborder ce sujet pour ne pas être taxer de prise de position masquée (j’aurais pu prendre position, mais je l’aurais fait ouvertement). Voilà qui est dit.

Maintenant, quel problème soulève l’affaire Nadine Morano dont il est question ?
Replaçons les choses dans leur contexte : Nadine Morano (UMP) est filmée par l’émission Envoyé Spéciale alors qu’elle se rend à un meeting de Ségolène Royal (PS), manifestement sans y être invitée. Plus tard, un journaliste l’interviewant lui fait remarquer la chose en lui demandant des explications. Nadine Morano se défend alors en accusant le journaliste de déformer la réalité. Gros taulé, et la vidéo de l’émission, diffusée sur la plateforme Dailymotion, reçoit de nombreux commentaires particulièrement virulent envers Nadine Morano. Cette dernière portera, contre X, une plainte « relative aux faits d’injures publiques envers un membre du ministère ».
Voilà que quelques mois plus tard, une femme de 49 ans est convoquée devant la justice pour avoir écrit « Hou la menteuse » en commentaire de la dite vidéo.

Il est certains, lorsqu’on parcourt les commentaires de la vidéo sur Dailymotion, que les injures pleuvent. A tort ou à raison, ce sont malgré tout des injures et Nadine Morano peut demander réparation. Porter plainte est-il la bonne solution ? Je ne sais pas, mais c’est celle qui a été choisie. Maintenant, je ne pense pas forcément que ce soit la personne qui a écrit « Hou la menteuse » qui ait été spécialement visée (plainte contre X).

Seulement, il était certainement plus facile de retrouver la trace d’une personne de 49 ans pas voyou dans l’âme pour un sou et qui a certainement bien rempli les informations du formulaire d’inscription à la plateforme, qu’une personne nettement plus virulente qui aura bien pris soin de se masquer derrière de fausses informations. Voilà bien le problème. Dans ces histoires de traque et de répression, avec une police à la performance (soumise à des quotas d’élucidation), qui sont les symptômes des lois Hadoppi et Loppsi, on se retrouve avec des personnes presque inoffensives qui sont poursuivies en justice alors que les plus virulentes, mais les plus au fait des pratiques de l’anonymat (faux comptes, proxi…), courent toujours et ne sont pas inquiétées.

Encore une fois, il me semble bien illustré ici le biais qu’il y a entre les objectifs recherchés par la création de ces lois et les résultats effectifs.

Articles intéressants sur le sujet :
« Hou la menteuse » : Morano est bien allée jusqu’au tribunal
Hadopi, Loppsi : sur le Web, le business de l’anonymat

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